Le 15 juin, au Mogador, le MediaClub organisait avec le SPI un petit-déjeuner consacré à l’évolution des usages et de la mesure d’audience dans l’audiovisuel. Autour de la table : Claire Bézier, Directrice générale de TF1+, Tiffany de Raguenel, Directrice des Jeunes Publics chez France Télévisions, et Julien, représentant de Médiamétrie.
Le constat est clair : le succès d’un programme ne se juge plus uniquement le lendemain matin à 9h03. Si le J+1 reste pertinent pour certains rendez-vous, il ne suffit plus à rendre compte de la consommation réelle des contenus, désormais éclatée entre linéaire, plateformes propriétaires, replay, YouTube, réseaux sociaux et télévision connectée.
Les intervenants ont rappelé que les usages vidéo continuent de progresser, mais qu’ils se fragmentent. Les audiences se construisent désormais dans le temps : avant la diffusion, pendant l’antenne, puis sur plusieurs semaines. Le J+28 devient ainsi un indicateur de plus en plus structurant, notamment pour les fictions, les programmes jeunesse et les formats feuilletonnants.
Chez France Télévisions, Tiffany de Raguenel a souligné l’importance de mesurer l’audience globale d’un programme, tous environnements confondus, mais aussi sa capacité à recruter de nouveaux publics, à générer des inscriptions sur France.tv ou à créer de l’engagement. L’exemple du programme porté avec Hugo Décrypte illustre cette logique : une diffusion sur France 5, une présence sur France.tv et une exposition sur YouTube permettent de toucher des publics complémentaires, notamment plus jeunes.

Claire Bézier a rappelé, de son côté, que le modèle de TF1 repose largement sur la publicité. Pour TF1+, la réussite d’un contenu dépend donc aussi de sa capacité à toucher les cibles commerciales et à être monétisé efficacement. Le partenariat à venir avec Netflix répond à cette logique : aller chercher des publics qui consomment désormais autrement, tout en gardant la maîtrise éditoriale et publicitaire des contenus.
La matinée a également permis de revenir sur la place de YouTube. Pour TF1, la plateforme reste un concurrent publicitaire majeur, difficilement compatible avec la valorisation de contenus premium. Pour France Télévisions, elle peut devenir un espace stratégique, notamment pour l’information, le documentaire et les contenus destinés aux jeunes publics, lorsque l’objectif est de toucher les publics là où ils se trouvent réellement.
Médiamétrie a enfin présenté les évolutions en cours pour mieux mesurer ces nouveaux usages. L’enjeu est celui de la transparence : passer d’un univers où chaque plateforme détient ses propres données à une mesure plus partagée, capable de comparer linéaire, plateformes de broadcasters et grandes plateformes internationales.
Pour les producteurs, ces mutations ouvrent de nouvelles perspectives. Elles permettent d’imaginer des programmes qui n’auraient pas forcément trouvé leur place avec les seuls critères historiques de l’audience linéaire. Les contenus peuvent désormais vivre plus longtemps, toucher des communautés spécifiques et se déployer sur plusieurs écrans.
Ce petit-déjeuner MediaClub-SPI a ainsi confirmé une bascule majeure : le succès audiovisuel se mesure désormais dans la durée, dans la diversité des usages et dans la capacité d’un programme à rencontrer son public, au-delà du seul verdict du lendemain matin.
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